” Who lives on fantasy island ? “

Né d’une époque où le monde était vaste et peu connu, conte moral plus que roman d’aventure, caricature de l’homme protestant qui, malgré son isolement ne peut se passer de vêtements pour affirmer l’homme civilisé qu’il est, et du bon sauvage résigné, nonchalant et obligatoirement reconnaissant, “Robinson Crusoé” traverse les époques.

Cette vision ethnocentrée, cette utopie d’autosuffisance nous paraît naïve et aujourd’hui presque indécente. Mais le mythe perdure et, malgré notre connaissance des nombreux conflits et catastrophes naturelles à travers le monde, notre imaginaire est saturé d’images d’ailleurs merveilleux, luxuriants et paisibles. Le monde est découvert, cartographié dans ses moindres détails, mais nous persistons à imaginer l’aventure et usons du monde comme d’une place de jeu. A contrario, notre réalité opulente est-elle le monde rêvé et merveilleux d’autres humains dont la réalité est toute autre ?

Je propose un dispositif opposant notre vision persistante d’un ailleurs paisible et merveilleux à la réalité brutale pour déjà nombre d’individus. Des pièces en porcelaine d’une extrême fragilité en sont les supports matériels. Surface creuse, réceptacle résiduel de notre opulence ou vestige de sociétés détruites par les conflits ou catastrophes environnementales.

D’un côté, des images numériques d’ailleurs paradisiaques défilent, projetant leur reflet sur une pièce en porcelaine unique. De l’autre, plusieurs pièces en porcelaine portent des images matérialisées de scènes d’exile ou de destruction.